Alphonse Dupront |

Comptes-rendus de séminaires

Enseignement 1962-1963

Annuaire de l’EPHE, VIe section, 1963-1964, pp. 155-158

Psychologie collective et histoire de la civilisation européenne

Directeur d’études : M. A. Dupront

     

Les travaux de la direction d’études pour l’année universitaire 1962-1963 se sont répartis, comme l’année précédente, sous trois chefs :

   

A. Dans le développement de ses recherches de psychologie collective d’ «analyse de contenus », le Directeur d’études a continué à traiter de l’idée d’Europe aux xviiie et xixe siècles.
  
Poursuivant son analyse au niveau des dictionnaires, après avoir achevé l’étude d’Europe figure de mythologie, il a situé la seconde acception, à la vérité mineure, qui fait de l’Europe une contrée ou une ville soit de Thrace, soit d’Illyrie. L’important dans cette Europe curieusement ressuscitée à la mi-xviiie siècle, surtout après Bruzen de la Martinière, c’est qu’elle confronte à l’Asie, affirmant ainsi une autre liaison originelle, qui n’est pas sans rapport avec la place et le rôle de Constantinople. La géographie la plus « curieuse » ressuscite ainsi des valeurs de fonctions sacrées.
  
Autrement importante l’étude d’Europe, partie du monde, dont la matière des lexicographes proposait une division tripartite :


a) Europe ancienne
b) Europe moderne
c) les « figures d’Europe »


a) Pour l’ancienne Europe, la couche sacrale est essentielle. On peut le mesurer dans cette tentative obstinée, et spécifiquement moderne, de faire d’Europe une « Japetia », pour que le récit de la Genèse soit sauf et triomphant.
Au niveau de la pensée moyenne du xviiie siècle, subsiste encore le souvenir d’une Europe qui se serait appelée Celtique ; mais cette inversion du baptême, venu de l’Occident cette fois, ne tient pas devant la tradition beaucoup plus ancienne de la dépendance asiatique.

Toujours au niveau de l’ancienne géographie, l’on constate l’incertitude permanente sur les frontières orientales de l’Europe.

   

b) Incertitudes que nous allons retrouver dans la conscience de l’Europe moderne, telle qu’elle s’établit au niveau « pré-révolutionnaire » de l’Encyclopédie et de l’Encyclopédie méthodique Panckoucke. Avec tous les éléments d’autre part d’une conscience d’Europe qui, si elle garde la mémoire d’une naissance encore jeune, définit à travers l’analyse géographique et géopolitique les exigences d’un monde de lumières.
Il en résulte une conscience ambiguë d’Europe : d’une part précellence de son rayonnement mondial et investiture d’une mission universelle, celle d’une civilisation dont les traits apparaissent avec une lucidité singulière surtout à l’extrême fin du siècle ; mais corps commun travaillé d’autre part de ses divisions intérieures. Les textes fournissent en effet une documentation de premier ordre sur les traits de psychologie collective des différents peuples européens, avec des stéréotypes cristallisés et comme définitifs.

   

c) L’étude des « figures d’Europe » n’a pu être qu’à peine ébauchée, mais tout cet arsenal des images plus ou moins anthropomorphes est extrêmement révélateur d’une vision des profondeurs quant à l’unité organique et vitale de l’Europe. Ainsi se profile un chapitre important et neuf de la recherche, celui qui étudierait les représentations plastiques d’Europe depuis le dragon de Strabon jusqu’à l’Europe, personnage de ballet des Quatre parties du monde dans les iconologies modernes.

   

B. L’essentiel du travail de la direction d’Études a porté sur l’enquête d’inventaire des pèlerinages dans l’Europe occidentale de la fin du Moyen Age jusqu’à nos jours.
  
La mise en place de cette enquête s’est avérée fort laborieuse, conduite comme elle l’était avec des moyens artisanaux et contrainte, à peine de travail inutile, de se donner une matière de base solide. Il est apparu en effet à l’expérience qu’hormis des monographies diocésaines et sauf pour les très grands pèlerinages, aucun dénombrement méthodique n’existe non seulement dans les autres pays d’Europe mais même en France. Des cartes ont été dressées, des fichiers commencés. Mais rien de tout cela n’a la moindre valeur parce que la méthode a manqué, depuis la systématique du dénombrement jusqu’à la fixation géographique des lieux, fixation qui demeure essentielle pour les interprétations d’une sociologie du sacré.
  
Le dépouillement du Dictionnaire des Pèlerinages de l’Encyclopédie Migne achevé, une bibliographie méthodique a été dressée, aussi exhaustive que possible, de la littérature concernant les pèlerinages ; littérature contemporaine sur la base du dépouillement de la Revue d’histoire ecclésiastique et pour la France, de la Revue d’histoire de l’Eglise de France ; littérature plus ancienne, repérée par le dépouillement des catalogues anciens de bibliothèques et toutes autres sources. Ce qui nous a amené à étudier de près, dans le cadre de cette littérature ancienne, des œuvres comme l’Atlas Marianus, du jésuite Gumppenberg, remarquable inventaire du culte marial établi par la Compagnie de Jésus à la mi-xviie siècle et complété d’ailleurs par une série d’éditions postérieures, ou bien la littérature concernant le « voyage » de Lorette, si essentiel à la dévotion européenne moderne (entre autres, le Pèlerin de Lorette du savoureux père Richeome).
  

En liaison avec ces recherches sur les pèlerinages, un séminaire a été spécialement organisé pour entendre M. Lecotte exposer les résultats de l’enquête en cours sur le culte de St. Martin. Ce « séminaire » réunissait quelques-unes des personnalités qui, dans les disciplines convergentes, s’intéressent à ces recherches sur les cultes et la vie religieuse de masse.

   

C. Selon une règle normale de travail d’équipe, tous les participants au séminaire ont eu liberté d’exposer l’état de leurs recherches pour permettre un échange de vues commun et, éventuellement, une orientation de leur travail.
  
Ainsi Mme E. Lemay a fait le point des résultats atteints pour son étude des Sources de l’Esprit, des usages et des coutumes des différents peuples de J. N. Demeunier ; Mlle Buffardi a présenté les premiers résultats de ses investigations sur l’influence de Fra Paolo Sarpi en France ; M. Marc Venard est venu, à différentes reprises, analyser avec nous le matériel documentaire réuni par lui pour l’étude de la vie religieuse dans la province ecclésiastique d’Avignon au xvie siècle ; M. Jacques Sole a défini les perspectives de son étude des rapports de la critique et de l’histoire dans le Dictionnaire Philosophique de Bayle. Préoccupé de l’image mythique du prêtre Jean, M. Randles a expliqué de concert avec nous quelques textes. Pèlerin des chemins de Saint Gilles et préparant un mémoire sur les routes de pèlerinage, M. M. Girault nous a tenu régulièrement au courant du développement de son étude.
  
Enfin, dans une autre perspective résolument contemporaine, M. G. Froidevaux a réuni les matériaux pour la préparation d’une thèse de 3e Cycle sur les expériences de collaboration entre l’Université et l’Industrie, expériences analysées selon des méthodes d’histoire de la psychologie collective, afin de mettre en lumière les arrières-plans psychiques, les représentations, les images mentales ou les « modèles » d’expériences actuellement en cours.
  

Ont participé régulièrement aux travaux de la direction d’études :

Mme E. Lemay ; Mlles M. Ailleret, A. Buffardi, J. Ferte, M. de Hedouville ; MM. les abbés Bizeau et Gritti ; MM. Billacois, Daniel, Girault, Flandrin, Froidevaux, Julia, Labarre, Sauzet.

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