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PELERINS ET PELERINAGES DANS L’EUROPE MODERNE

Sous la direction de Philippe BOUTRY et Dominique JULIA Rome, Collection de l’Ecole Française de Rome, 2000, 519 p.

Sous la direction de Philippe BOUTRY et Dominique JULIA Rome, Collection de l’Ecole Française de Rome, 2000, 519 p.

Actes de la table ronde organisée par le Département d’histoire et civilisation de l’Institut universitaire européen de Florence et l’École française de Rome (Rome, 4-5 juin 1993)

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Largement étudié pour la période du moyen âge, le pèlerinage à l’époque moderne reste en grande partie un phénomène méconnu. Or son importance n’a pas diminué, comme l’attestent les sources, plus nombreuses, que l’on peut mettre en œuvre pour l’appréhender : registres de confréries, registres d’hôpitaux, interrogatoires de police, journaux ou récits.

   

Le but du présent volume est de dresser un bilan des données quantitatives que l’on peut recueillir sur les flux des pèlerins et sur le rayonnement des grands sanctuaires de la chrétienté : Saint-Nicolas de Bari, Lorette, Rome, Saint-Jacques de Compostelle.

   

A partir des sites d’observation multiples, tant au départ des pèlerinages qu’en cours de route ou au terme de ceux-ci, les auteurs ont cherché à mesurer la mobilité des hommes, la durée de leur parcours, et à saisir le sens de cette société éphémère des pèlerins qui ne cessent de se croiser, de s’associer ou de se désunir sur les chemins. Fait majoritairement d’hommes jeunes et célibataires  même si la femme n’est pas absente, et si le voyage en famille n’est pas exclu – le pèlerinage, marche à l’extraordinaire et à la rencontre sacrale que constitue son terme où reposent des reliques insignes, pourrait bien aussi s’analyser comme un rite de passage, celui de l’entrée dans la vie adulte.

RESUME DES COMMUNICATIONS

Dominique JULIA, Pour une géographie européenne du pèlerinage à l’époque moderne et contemporaine, p.3-126.

Au cours de la période moderne, le geste du pèlerinage est en butte à une double critique.

D’une part, les réformes protestantes dénient toute valeur religieuse au parcours vers les lieux saints. D’autre part, l’État moderne vise à quadriller le territoire, réprime mendicité et vagabondage, s’efforce par sa législation  de contrôler, de réduire, voire d’interdire les déplacements ; le pèlerin appartient désormais aux classes dangereuses et son identité spirituelle n’est plus reconnue par les autorités administratives.

L’article cherche à prendre mesure des foules pèlerines dans l’Europe moderne à partir de la plus grande diversité de sources  en analysant la conjoncture pluriséculaire des pèlerinages ; leur durée , le profil social et l’origine géographique des pèlerins. Interrogatoires de police et récits de pèlerinage permettent de saisir les motivations profondes des pèlerins.

    

Georges PROVOST, Les pèlerins accueillis à l’Hospital Real de Saint-Jacques-de-Compostelle dans la seconde moitié du XVIIème siècle, p.127-150.

Fondée sur l’exploitation des registres d’entrée à l’Hospital Real  de Saint-Jacques-de-Compostelle entre 1655 et 1701, cette étude entend montrer l’importance numérique et les évolutions du pèlerinage qui connaît à partir de la fin de la guerre de Trente Ans un puissant renouveau, principalement en France et dans les Pays-Bas espagnols. Sont successivement abordés : le profil du pèlerin, qui se révèle être le plus souvent un homme jeune, célibataire, souvent urbain, presque toujours de condition modeste ; de très forte oscillations conjoncturelles du mouvement, contrarié par les guerres européennes qui l’interrompent presque  complètement à plusieurs reprises. La répétition des conflits, combinée avec la législation répressive de la monarchie française, finit par décourager les départs ; l’attention est enfin portée sur la provenance géographique des pèlerins à l’échelle européenne, péninsule Ibérique exclue. Les provenances françaises les plus nombreuses, font l’objet d’une analyse détaillée qui permet de mettre en évidence différents facteurs d’incitation, ou non au départ.

   

Benoît PELLISTRANDI, Les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle  au XIXème siècle. Présentation statistique des registres de l’Hospital Real entre 1846 et 1900, p.151-174.

Les registres de l’Hospital Real de Saint-Jacques-de-Compostelle permettent une approche quantitative du pèlerinage au XIXème siècle. La contribution ici présente s’attache à analyser les années 1846-1900. On observe d’une part la langueur du pèlerinage, d’autre part  quelques éléments d’une mutation lente : accroissement du nombre des femmes, concentration des arrivées autour de la date du 25 juillet (fête de saint Jacques) ainsi qu’une réduction régionale du champ d’attraction du sanctuaire.

   

Ilja MIECK, Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle à l’époque moderne dans l’historiographie allemande récente. Bilan et perspectives, p.175-187.

L’histoire du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle est en Allemagne le domaine des médiévistes. La raison principale réside dans le déclin du pèlerinage à la suite de la  Réforme. Des problèmes structuraux du pèlerinage qui se faisaient sentir dès le 15ème siècle aggravaient la situation. Néanmoins, encouragé par le catholicisme posttridentin, le pèlerinage à  Compostelle  a connu un remarquable renouveau au XVIIème siècle, même en Allemagne. Malgré cette revitalisation, les recherches n’accordent à l’époque moderne  qu’une place très modeste et se bornent, a quelques exceptions près, à des détails régionaux ou urbains, qui ne respectent pas toujours les réserves méthodologiques des historiens. Une coordination des recherches, encouragées par la relance spirituelle, culturelle et touristique du pèlerinage à Saint-Jacques depuis les années 50 (témoins oculaires, confréries, iconographie, etc.) s’impose.

Fondée en 1789, la Deutsche St. Jakobus-Gesellschaft, déploie beaucoup d’activité et publie régulièrement depuis 1988 les Jakobus-Studien, offrant aussi une place à l’époque moderne. En 1998, la coopération européenne compostellane aboutissait à un événement singulier : à Cracovie s’est tenu le premier colloque compostellan germano-polonais.

   

Laura ARTIOLI, L’ospedale di Santa Maria della Carita di Reggio Emilia. Il movimento e la condotta dei pelligrini secondo i regitri d’ammistrazione, p. 189-208.

Fondato nel 1410 dal notaio Matteo Omozzoli Parisetti, l’ospedale di S. Maria della Carita di Reggio Emilia – destinato ad accogliere pellegrini e poveri in transito lungo la via Emilia – mantiene la proprie funzioni fino alla  soppresione nel 1767. Dai dati relativi al passagio dei pelligrini (1700-1761), si desumono alcune tendenze : la guerra provoca, per esempio, un clo del 50% delle presenze, incidento anche se solo minacciata, mentre al tempo della peste di Marsiglia il movimento scende del 68%. In tempo di pace, I fattori che influenzano il flusso dei viaggiatori paiono essere quelli usuali del clima e del ritmo dei lavori agricoli. L’ospedale discrimina per appartenanza sociale – i pellegrini “ civili ” e i religiosigodono di alcuni privilegi – ma accoglie fino alla soppressione chiunque si presenti, malgrado fra XVII e XVIII secolo si segnalino, fra gli ospiti, furti, risse e ferimenti.

  

Sandro LANDI, Il “ passo regolato dei poveri ”. I pelligrini in Toscana nella seconda meta del Settecento, p.209-270.

L’articolo analizza in primo luogo la genesi e le conseguenze della reiforma del sistema di ospitalita per i pelligrini  realizzata nel Granducato di Toscana nel 1750-1751. In seguito a questa riforma , il pelligrinaggio viene ridotto a pratica “ regolata ”, secondo gli ideali del cattolicesimo muratoriano : durante quattordici anni (fino al 1765) il passaggio  dei pelligrini nello Stato è sottoposto a rigide condizioni che ne limitano  la liberta di movimento e che alterano profondamente  la traditionale pratica dell’ospitalita verso i “ poveri in cammino ”. la riforma del 1750-1751 costituisce la premessa di una progressiva esclusione di  questa pratica devota,  attuata di fatto  dopo le grandi carestie del 1764-1765.

In secondo luogo, partendo dalle fonti prodotte dalla “ospitalita rigolata” (i registri degli ospedali toscani), l’articolo tenta di rilevare l’importanza qualitativa del movimento dei pelligrini e  di analizzar alcuni comportamenti  individuali e di gruppo. Alcune questioni guidano la  ricerca : il pellegrinaggio ne Settecento è una pratica in crisi? Quali sono i limiti della volonta normalizztrice in questo ambito devozionale? Quale contesto materiale e culturale costituisce lo sfondo della identita pellegrine?

  

Yolande LAMMERANT, Les pèlerins des Pays-Bas méridionaux à Saint-Julien-des-Flamands à Rome au  XVIIème et XVIIIème siècle, p. 271-306.

Au centre de Rome, près du Largo Argentina dans la via del Sudario, se trouve l’ancien centre d’hébergement des pèlerins flamands qui porte aujourd’hui le nom d’Église et fondation royale belge de Saint-Julien-des-Flamands son origine remonterait au VIIIème siècle.

Dans les archives de ce centre, un registre très riche en informations diverses : le Libro dei pelligrini venuti in Roma dall’anno 1624, nous livre, en 234 feuillets du 1er février 1624 au 1er mai 1790, 21 2333 noms, prénoms, lieu d’origine, certains diocèses, parfois la qualité ou le métier, des esclaves libérés, des décès et la date de sortie des pèlerins. Une mention spéciale est faite près des noms des pèlerins revenus de Saint-Nicolas de Bari. Cinq  journaux de voyage de pèlerins flamands complètent l’étude sur les pèlerinages (1682, 1720, 1738, 1746, 1789). Ils donnent l’itinéraire suivi, les difficultés rencontrées, le séjour à Rome. Un journal de 1951 retrace un pèlerinage de 7 381 km.

   

Isabelle BRIAN, Les pèlerins francs-comtois à Rome, 1671-1716, p. 307-326.

De 1671 à 1716, plus de 6 000 pèlerins furent hébergés à l’hôpital Saint-Claude des Francs-Comtois à Rome. Ils provenaient surtout de la  montagne et des hauts plateaux de la Franche-Comté ;  les bas plateaux, correspondant à l’actuelle Haute-Saône, étant beaucoup moins fertiles en “ romieux ”. Le quart des pèlerins voyagent en famille, le plus souvent des parents accompagnés de leurs enfants. Certaines de ces familles, mais aussi des pèlerins isolés, effectuent à plusieurs reprises le voyage de Rome. En l’absence d’indications sur leur profession, la présence massive de pèlerins originaires des hautes terres permet d’avancer  l’hypothèse d’une activité de colportage  associée au pèlerinage. En outre, la dissymétrie des origines géographiques des pèlerins correspond assez étroitement au nombre inégal des vocations sacerdotales relevé pour les époques immédiatement ultérieures.

   

Antje STANNEK, Les pèlerins allemands à Rome à la fin du XVIIème et XVIIIème siècle, p. 327-354.

L’article retrace l’itinéraire des pèlerins allemands depuis Cologne jusqu’à Rome et à Lorette. L’analyse des registres des hôpitaux Zum Ipperwald de Cologne, de Santa Maria dell’Anima à Rome  et de l’Opéra pia germanica à Lorette permet de déterminer la fréquence des voyages et l’appartenance sociale des pèlerins. On rencontre surtout des familles, des femmes avec leurs enfants, des veuves et des veufs, des couples âgés et des clercs provenant du Saint-Empire, de Hongrie, des Pays-Bas habsbourgeois, des Provinces Unies et de Suisse. L’analyse des registres sur une longue période atteste la vitalité des pèlerinages  jusque dans les dernières décennies du XVIIIème siècle. Cette vitalité survit même à l’interdiction  des jésuites en 1173 qui organisaient notamment le pèlerinage de Lorette. L’étroite relation entre le culte de la Santa Casa en Allemagne et la présence d’une communauté nationale auprès de la maison natale de Marie à Lorette est à la base de cette tradition.

   

Maria de LURDES ROSA, Sant’Antonio dei Portoghesi, 1786-1825. Le pèlerinage portugais à Rome dans le contexte dévotionnel du Portugal de la fin de l’Ancien Régime, p. 355-402.

Le pèlerinage portugais à Rome est attesté très tôt et il justifie l’existence d’un hôpital national à Rome  dès le XIVème siècle. Sant’Antonio dei Portoghesi héberge encore des pèlerins et d’autres sujets de la “ nation ” portugaise, dont les noms sont soigneusement recueillis dans le registre des pèlerins qui subsiste encore de nos jours. Notre travail essaye de retracer l’histoire de ces pèlerins et de ces voyageurs, en analysant successivement quatre points : la place du pèlerinage de Rome dans l’histoire religieuse des pèlerinages portugais à la fin de l’Ancien Régime (analyse encadrée par un état de la question de l’historiographie portugaise sur le sujet) ; l’évolution interne de l’hospice portugais ; le flux des pèlerins hébergés, comparé à d’autres données sur les voyages de Portugais à Rome  pendant la même période et aux facteurs plus généraux pouvant influer sur l‘affluence des voyageurs ; enfin les données qualitatives émanant du registre des pèlerins et le comportement des pèlerins eux-mêmes.

   

Philippe BOUTRY et Dominique JULIA, Les pèlerins français à Rome au XVIIIème siècle d’après les registres de Saint-Louis-des-Français, p. 403-454.

L’article repose sur le dépouillement des onze registres de pèlerins conservés aux Archives de Saint-Louis-des-Français pour la période 1700-1779. L’analyse quantitative permet de dessiner une conjoncture  quasi séculaire sur les flexions qu’elle subit du fait des guerres et des épidémies, les rythmes saisonniers tant des années saintes que des autres années, de mesurer la distribution géographique des pèlerins venus majoritairement d’une France du Nord, de l’Est et du Sud-Est ; leur répartition par sexe, le rôle important des villes dans leur recrutement, la place que prend, au sein des pèlerins accueillis, toute une population flottante qui gravite autour de l’hospice et y reviens plusieurs fois au cours de la même année.

   

Saverio RUSSO, Les pèlerins de Saint-Nicolas de Bari aux XVIIème et XVIIIème siècles, p. 455-481.

Depuis le XIIème siècle, le pèlerinage de Bari pour vénérer les restes de saint-Nicolas est l’un des plus importants d’Italie méridionale. Les registres de l’hospice pour les pèlerins permettent de suivre  l’évolution de cet important itinéraire dévotionnel du XVIIème au XIXème siècle – à l’instar des autres grands centres de pèlerinage – se “ nationalisent ”. L’article reconstruit cette  dynamique : outre l’analyse de l’évolution des mentalités et de la sensibilité religieuse, il fait  état de l’intervention des autorités civiles pour contrôler toujours plus efficacement la mobilité des personnes.

   

René GOTHONI, Pilgrimages to the holy Mountain of Athos. Past and Present, p. 483-499.

This paper analyses the changes in the pilgrimage movement to the Holy Mountain of Athos in relation to historical and political conditions. It shows that the recruiting areas of the pilgrims from the 11th century until the Russian Revolution coincided with the centres of either monasteries and their social networks or of churches and their parish networks in the Balkan countries and in Russia. Since the rise of the Communist rule, the pilgrimage movement of the slavs almost entirely dried up. After the millennium of Athonite monasticism in 1963, the majority of the pilgrims therefore are Greek, but there is also a conspicuous increase of West European visitors, notably from the continental Europe. Finally, the author puts forward the notion that, due to the letter of introduction and permit required, the vast majority of the visitors are by definition pilgrims, not tourists.

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