Alphonse Dupront |

Comptes-rendus de séminaires

Enseignement 1963-1964

Annuaire de l’EPHE, VIe section, 1964-1965, pp. 223-226

Psychologie collective et histoire de la civilisation européenne

Directeur d’études : M. A. Dupront

     

De propos délibéré, les travaux de la direction d’études se sont centrés sur trois chefs principaux d’intérêt et de recherches :

   

1. Mise en place et poursuite de l’enquête auprès de l’épiscopat français sur les pèlerinages en France, actuellement vivants ;

   

2. Collaboration à l’enquête conduite par la vie Section sur Livre et Société en France au xviiie siècle, pour présentation au prochain Congrès international d’Histoire à Vienne, en 1965.

   

3. Direction des recherches des participants au séminaire.

   

Le compte rendu s’efforcera de faire le point du travail accompli sous chacun de ces trois chefs.

    

A. Enquête sur les pèlerinages :
 
Dans le progrès de nos recherches des années précédentes, visant à dresser un inventaire cartographique des pèlerinages dans l’Europe occidentale des derniers siècles du Moyen-Age (xivexve s.) à nos jours, deux évidences se sont manifestées : d’un part, au champ français, la quasi-inexistence d’un matériau de base solide et précis ; d’autre part, la nécessité, pour conduire une analyse rigoureuse de remontée historique, d’établir avec la plus grande exactitude possible sur toute l’Europe occidentale la vie présente du pèlerinage et de dresser tout un ensemble de cartes fixant les lieux de pèlerinage actuellement fréquentés.
  
Ce qui imposait une première étape d’expérience sur un terrain proche, c’est-à-dire la France. D’où la définition et la réalisation d’une enquête auprès de l’épiscopat français pour dresser un inventaire complet des pèlerinages présentement vivants et reconnus, ou du moins connus, par l’autorité épiscopale.
  
Cette enquête à laquelle l’épiscopat s’est prêté avec beaucoup de bienveillance et souvent de compréhension participante (seuls trois diocèses, sur l’ensemble, n’ont pas répondu) a fourni un matériel documentaire considérable, méthodiquement dépouillé dans les travaux réguliers du séminaire.
  
Matériel brut qu’il fallait analyser jusque dans le plus extrême détail et surtout préparer pour une fixation cartographique rigoureusement précise, à peine de travail inutile. Une notion demeurée imprécise peut-être par les conditions mêmes d’une enquête conduite directement auprès des évêques, devait être rétablie dans la plus grande netteté pour la constitution d’un document de base d’une « sociologie du sacré » _ celle du lieu exact de la sacralité, ou de l’objet sacral, au centre de la vie du pèlerinage.
  
Aussi grâce aux trois moyens d’un réseau de correspondants obligeamment fourni par l’épiscopat, de dépouillements méthodiques de toute une littérature fort éparpillée et inégale et de recoupements sur place par le truchement d’enquêteurs bénévoles, avons-nous pu définir et une méthode de synthèse pour fixation sur carte de données infiniment diverses et subtiles et une problématique de l’analyse sacrale du pèlerinage dans la vie de la société française contemporaine.
  
Le regroupement sur fiches (une fiche par pèlerinage) des données complexes concernant chaque pèlerinage se fait selon le cadre suivant : 1) Toponymie du lieu de pèlerinage ; 2) Vocable sacral ; 3) Implantations cosmiques, circonstanciées à l’extrême ; 4) Définition sociologique consciente, ou objet du pèlerinage ; 5) « Centre » de sacralité, et particulièrement image ; 6) Données historiques ; 7) Origines sociologiques ; 8) Légendaires ; 9) Formes spéciales de culte.
  
Du matériel documentaire ainsi analysé se dégagent des formes anthropologiques de vie sacrale. Une première présentation, par gros plans, de ces formes, a été ébauchée par le Directeur d’études dans une conférence devant la Société française d’ethnologie (conférence dont le texte est de publication prochaine).
  
Outre ces intérêts déjà manifestes, l’enquête comporte nombre d’enseignements psycho-sociologiques, concernant la vie religieuse dans la France contemporaine et particulièrement l’attitude de la hiérarchie ecclésiastique vis-à-vis du fait complexe, souvent à dominante irrationnelle, de la vie collective du pèlerinage.
  
Poursuivie et menée à bien pour la France durant l’année universitaire prochaine, l’enquête sera étendue, selon des formes maintenant mises au point, aux différents pays de l’Europe occidentale.
  
Ce travail de psychosociologie à fins historiques a été équilibré, pour préparer les étapes de la remontée historique, par des dépouillements aussi méthodiques que faire se peut en présence d’un matériel documentaire fort éparpillé. Ces dépouillements ont portés surtout sur les fonds des grandes bibliothèques parisiennes et sur un certain nombre de tomes de la Gallia christiana. Cette dernière devait effectivement, en stricte méthode, être systématiquement dépouillée, mais les résultats obtenus pour cinq provinces ecclésiastiques ont été tels qu’il a paru sage de ne pas continuer : ce genre d’historiographie officielle et bénéficiale ne s’intéresse que par raccroc à la vie religieuse, tout au plus parfois aux translations de reliques insignes.

   

B. L’enquête sur Livre et Société dans la France du xviiie siècle retrouvait triplement les préoccupations de la direction d’études : par les méthodes d’analyse quantitative qu’elle impliquait ; par les grandes masses d’une histoire de la culture qu’elle concernait et mettait en évidence ; enfin par un aspect important de sémantique historique, pour l’analyse du vocabulaire des titres.
  
Monsieur François Furet a bien voulu, à différentes reprises, venir faire en séminaire le point des travaux poursuivis sous sa direction, et, et Mme Cerf, préparant une thèse de 3e cycle sur les motivations des censeurs royaux d’après les registres de la censure, a nourri de documents inédits nos analyses de mentalité d’un « micro-groupe » souverain.

   

C. Dans le cadre du séminaire, se recoupent, pour le plus grand profit commun, des recherches d’orientation ou de matériau fort divers.
  
Quand à la psychologie collective, M. Billacois étudie avec beaucoup de sûreté et par des convergences d’éclairage fort pertinentes le duel dans la mentalité collective française de l’entre xviexviie siècle (thèse d’Etat) ; M. J.-L. Flandrin, les représentations de l’amour, toujours en France, dans la seconde moitié du xvie siècle, depuis les secrets de beauté jusqu’à l’arsenal métaphorique de la littérature (thèse d’Etat). Aux confins de l’actuel et dans l’actuel, des recherches, conduites sur base d’enquêtes, sont poursuivies par M. G. Froidevaux sur la notion et les contenus de « recyclage » dans les besoins contemporains d’une « éducation permanente ».
  
Pour l’histoire et la psychologie religieuse, voire la sociologie du sacré, les travaux suivants ont été poursuivis et orientés dans le cadre du séminaire : de M. Phil. Levillain, sur le vocabulaire des formes sociales dans quelques œuvres de Saint Cyran et la correspondance de Barcos ; de Mlle E. Pelletey, sur l’introduction de nouveaux cultes de saints dans le calendrier parisien au xviie siècle ; de Mlle A. Buffardi, sur la pénétration des œuvres et des idées de Fra Paolo Sarpi en France au xviie siècle. Une séance spéciale a été consacrée à une réflexion commune sur les méthodes les plus pertinentes pour la publication des nonciatures de France, entreprise par l’Ecole française de Rome, avec deux des éditeurs de nonciatures, tout deux archivistes aux Archives Nationales, MM. Barbiche et Cloulas, ce dernier participant régulièrement aux travaux du séminaire.
  
M. l’abbé Gritti et M. Jacques Solé ont exposé le progrès de leurs recherches, l’un sur le vocabulaire de Bonald et l’analyse de quelques-unes de ses notions maîtresses, l’autre, sur l’économie interne du Dictionnaire historique et critique de Bayle et les clés possibles de l’articulation de son annotation critique.
  
M. Luigi Aurigemma, à la demande du directeur d’études, a présenté une description très complète des archives photographiques du Jungs-Institut de Zurich, avec un inventaire fort illustratif des collections personnelles de C.G. Jung. A partir de cette documentation iconographique, il a été amené à orienter ses recherches personnelles vers une étude des représentations du zodiaque dans le monde de la Renaissance italienne (xve-xvie siècles).
  
Au terme de ce compte rendu, une mention très spéciale doit être faite de la séance où notre collègue M. Jean Meuvret a bien voulu, dans le cadre du séminaire élargi, nous apporter le fruit de son expérience dans une réflexion ouverte sur : Durées et expériences statistiques. C’est le début d’un échange où l’analyse des réalités spirituelles, quelquefois les plus subtiles, doit à coup sûr grandement profiter des méthodes et des leçons d’une histoire quantitative en matière économique et sociale.

   

Ont participé fort assidûment aux travaux de la direction d’études, Mme Cerf, Mlles Ailleret, Buffardi, Ferté, de Hédouville, Pelletey ; MM. les abbés Bizeau et Gritti ; MM. Bilacois, Coulas, Flandrin, Froidevaux, Giraud, Labarre, Levillain, Randles, Sauzet.

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